Edito

Montpellier, le 15 décembre 2018

 

Chers lecteurs, chers amis,

En cette fin d’année mouvementée, où la houle agite le fond des pensées, redistribuant à chaque fois les idées, l’actualité européenne nous révèle la mobilité des lectures  de nos sociétés, sans cesse à reprendre, à décortiquer. Ces tensions qui partout dans le monde réduisent le champ d’observation rivé aux intérêts immédiats appellent à une vigilance critique et, pour cela, à faire un pas de côté, à prendre de la distance sinon un peu de hauteur pour éviter d’en rester à l’écume des événements et à une immédiateté restrictive, toujours déformante et, à ce titre, menaçante. ETR se risque à l’exercice.

Se déprendre des faits pour y injecter du sens, tel est l’enjeu. Embrasser le plus large horizon et considérer une multiplicité de focales, penser en amont de l’effervescence et par-delà les prismes obsédants, se mettre en peine de penser l’altérité et d’écouter la différence concourt à un monde encore capable d’émerveillement, fécond d’intelligence, d’indocilité et d’ambition au dialogue. C’est la garantie de ne pas verser dans la pensée unique, de ne pas se satisfaire de nous-mêmes, un gage d’appétence à la rencontre. Car les textes – articles et notes dans la revue – sont autant d’embrasures sur un monde qui souvent résiste à toute logique, autant de brèches dans nos propres impensés, de percées contre l’indifférence et l’indigence des discours faciles, comme autant de possibles échappées d’un monde parfois clos qui n’attend que de se recroqueviller sur des nationalismes étriqués tandis qu’il résonne de la diversité des hommes et regorge d’une vitalité insoupçonnée dont il nous faut pouvoir évaluer la force et l’intensité.

À l’heure du renouveau des haines grimaçantes qui assourdissent le débat, ETR est un de ces petits maquis de la pensée qui aspire à en découdre. Un petit chemin de traverse frayé par des voix venues des Facultés de théologie et des universités francophones pour continuer à explorer la richesse humaine et à saisir la place du religieux, les sujets et les formes de croyances qui en forment le souffle. Un petit maquis dont je m’apprête au printemps 2019 à passer le relai à trois de mes collègues après cinq années de direction épanouissante et grisante à vos côtés dont je tiens à vous remercier chaleureusement. Votre fidélité a toujours été décisive. Elle l’est aussi pour mes confrères avec lesquels il nous appartient, en qualité de lecteurs, de poursuivre cette histoire : celle d’une confiance dans le débat d’idées auquel vous participez si activement par votre exigence et votre soutien.

L’année n’a pas été sans difficulté. Après une livraison 2017 des plus florissantes, la fermeture inattendue de notre imprimeur historique et la difficulté à trouver un nouveau partenaire éditorial ont lourdement pesé sur notre calendrier de parution qui accuse toujours un trimestre de retard. Nous nous en excusons profondément. La situation est désormais rétablie. Les numéros de septembre et de décembre (en voie de finalisation) vous seront livrés l’un début janvier, l’autre fin janvier, puis la livraison 2019 reprendra son cours trimestriel en mars avant que je ne passe le flambeau.

Dans les prochaines semaines, ETR questionne l’empreinte féminine de l’Évangile de Marc, interroge le sens de la nature, donne à réfléchir sur la notion de spiritualité, explore les liens des réformés avec les frères moraves avant de consacrer un numéro thématique à l’enquête de terrain en théologie pratique. 2019 sera l’occasion d’un dossier sur le thème de la guerre sainte et d’un numéro sur l’articulation de la théologie au politique. C’est dire le foisonnement des enquêtes qui nous attendent.

Ensemble, donnons à la pensée d’être luxuriante !

Avec mes voeux les meilleurs pour l’année qui s’annonce

Chrystel Bernat

Directrice de la publication

 

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