Préface

C’est une invitation à participer à une Journée d’étude au Centre Maurice-Leenhardt (Montpellier) en février 2018 qui m’a incité à publier la Correspondance Michel Nicolas — Édouard Reuss. Elle m’était connue depuis longtemps et j’en savais la valeur, mais des incertitudes m’ont retenu de finaliser ce projet qui s’était précisé il y a plus de quinze ans.

D’abord, une telle édition répondait-elle à l’attente de lecteurs même avertis ? Ce n’est que récemment que s’est éveillé un vif intérêt pour l’histoire de la Faculté de théologie protestante de Montauban au XIXe siècle, en particulier grâce aux travaux du Centre Maurice-Leenhardt, et j’ai conscience que le présent travail peut contribuer utilement aux recherches actuelles sur la Faculté montalbanaise et plus largement à l’histoire de la diffusion des sciences bibliques critiques en France, grâce au rôle pivot joué par Michel Nicolas entre Strasbourg et Paris.

Ensuite, quelle forme devais-je donner à cette édition ? Des lettres entre personnes en intelligence ou connivence sur les sujets qu’elles abordent sont souvent très allusives. Elles contiennent des propos exprimés en confiance qui présupposent toutes sortes de non-dits. Sans connaissance de ces présupposés un lecteur non averti peut se méprendre, sous-estimer ou sur-interpréter telle ou telle prise de position. De plus, dans une correspondance entre professeurs tous deux très actifs dans la recherche, de nombreux ouvrages sont cités, et c’est d’ailleurs ce qui en fait la valeur puisqu’elle nous renseigne sur les ouvrages qui nourrissent la production littéraire de chacun d’eux et d’une manière plus générale nous informe sur la circulation des idées à une époque donnée. En conséquence une édition de la correspondance n’a d’intérêt qu’accompagnée d’une riche annotation et aidée d’un index avec le nom des personnes citées, et c’est à cette tâche que je me suis attelé.

Enfin, dernière cause d’hésitation, ne serait-il pas judicieux de publier cette correspondance en annexe à une monographie qui déploierait toute la vie et l’œuvre de Michel Nicolas ? Bien d’autres recherches seraient pour cela nécessaires. C’est en tous cas le but de la présente édition que de contribuer à ce projet d’une biographie intellectuelle du savant montalbanais.

L’introduction ne présente pas seulement l’état de la correspondance inédite (la particularité des archives strasbourgeoises et parisiennes), elle suit le cheminement intellectuel et académique de Reuss puis de Nicolas jusqu’en 1834, date du début de la correspondance, ce qui permet de montrer le socle commun, les convergences de vue qui sont à la base de leur longue amitié. L’intérêt se portant cependant dans cette présentation davantage sur Nicolas que sur Reuss, il a paru indispensable de poursuivre cet historique concernant Nicolas jusqu’en l’été 1838, date de sa nomination comme professeur à la Faculté de Montauban. Pour la période 1838 à 1886, la correspondance elle-même, accompagnée de notes, permet de suivre la vie et l’œuvre des deux protagonistes, événements familiaux, voyages, projets et publications respectives dans le domaine des sciences bibliques, historiques et théologiques. La liste des titres des travaux de Nicolas et Reuss dans la bibliographie générale surprendra le lecteur par son ampleur et la variété des sujets traités. Elle n’est pourtant nullement complète, toutefois il faut me limiter ici aux titres évoqués dans l’Introduction et la Correspondance Nicolas-Reuss.

Je remercie ici chaleureusement les personnes qui m’ont aidé dans ces recherches, particulièrement les bibliothécaires des Archives à Strasbourg, Paris et Montpellier, ainsi que Mme Françoise Westphal-Nicolas qui m’a donné libre accès aux documents qu’elle a hérités de son grand-père. Mme Dominique Hocquellet a relu et corrigé le manuscrit avec attention.

Jean Marcel VINCENT – Royan, décembre 2018

p.1-2

Auteur

VINCENT Jean Marcel
Jean Marcel VINCENT est professeur honoraire de l'Institut protestant de théologie, Faculté de Paris.