La mystique à l’épreuve de l’absence de Dieu dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale. Le cas de Simone Weil et d’Etty Hillesum

À partir de l’étude des écrits de Simone Weil et d’Etty Hillesum rédigés au cours de la Seconde Guerre mondiale, Pierre Gillouard entend cerner les caractéristiques d’un moment inédit de l’histoire de la mystique où l’expérience de la présence de Dieu est irréductiblement associée à l’épreuve de son absence dans les évènements de ce monde. Si ce lien entre l’expérience de l’absence et celle de la présence fait écho à l’image classique de la « nuit obscure » de Jean de la Croix, sa conceptualisation tant chez Simone Weil que chez Etty Hillesum révèlent deux traits émergents qui rompent avec la tradition mystique antérieure. D’une part, l’épreuve de l’absence n’est plus vécue comme une peine purifiante infligée par Dieu lui-même mais plutôt comme l’épreuve de la réalité contemporaine où Dieu est reconnu comme l’Absent par excellence. D’autre part, l’expérience de la présence ne met pas fin à celle de l’absence, de telle manière qu’on peut parler d’une concomitance de l’absence et de la présence de Dieu dans l’expérience mystique au xxe siècle.

Phrase : À partir de l’étude des écrits de Simone Weil et d’Etty Hillesum rédigés au cours de la Seconde Guerre mondiale, l’article entend cerner les caractéristiques d’un moment inédit de l’histoire de la mystique où l’expérience de la présence de Dieu est irréductiblement associée à l’épreuve de son absence dans les évènements de ce monde.

Mots-clés : mystique, Simone Weil, Etty Hillesum, Dieu, absence, présence, guerre

 

The mysticism of the ordeal of the absence of God in the context of the Second World War. The case of Simone Weil and Etty Hillesum

Based on the study of the writings of Simone Weil and Etty Hillesum during the Second World War, this article intends to identify the characteristics of an unprecedented moment in the history of mysticism where the experience of God’s presence is irreducibly associated with the ordeal of his absence in the events of this world. If this link between the experience of absence and that of presence echoes the classic image of John of the Cross’s “dark night”, its conceptualisation in both Simone Weil and Etty Hillesum reveals two emerging features that break with the earlier mystical tradition. On the one hand, the ordeal of absence is no longer experienced as a purifying punishment inflicted by God himself, but rather as the ordeal of contemporary reality where God is recognised as the Absent One « par excellence ». On the other hand, the experience of presence does not put an end to that of absence, so that one can speak of a concomitance of the absence and the presence of God in the mystical experience of the 20th century.

p. 49-65

Auteur

GILLOUARD Pierre
Pierre GILLOUARD est doctorant à l’université de Genève et à l’École pratique des hautes études.