Une collaboration interreligieuse discrète : Paul Rabaut et les émissaires moraves

Dès 1745, la jeune Unité des frères, une branche du piétisme allemand, entame une collaboration avec Paul Rabaut en raison du manque de prédicants en France durant l’interdit religieux et la période dite du Désert. Une fois la doctrine morave examinée, ce dernier accueille les émissaires moraves tout au long de son ministère. Comme le montre Dieter Gembicki, cet œcuménisme en catimini n’est pas non plus dénué d’ambiguïté. S’y opposent deux attitudes : celle des frères moraves irrités par le penchant millénariste du ministre réformé, et celle du leader de l’Église réformée, contraint de louvoyer entre l’opposition à l’intérieur de son consistoire et la réputation sulfureuse précédant l’Église morave.

Une première version de cette étude, relue par Pierre de Vargas (Genève), fut présentée le 14 novembre 2014 à la Société de l’histoire du protestantisme de Montpellier. Le texte définitif élargi a profité de la relecture de Jean-Pierre Chabrol (Aix-en-Provence) et d’Éric Merguin (Genève). Qu’ils en soient remerciés.

As from 1745 the Moravian Church, a branch of the German pietism, enters a longstanding collaboration with Paul Rabaut, essentially in order to help meet the Reformed Church’s shortage of preachers during religious interdiction and the period called the “Desert”. Once he had duly examined their doctrine, he welcomed the Moravian envoys during all of his ministry. The outcome was a specific ecumenical collaboration, kept secret and no less unambiguous. Hence two attitudes, the Moravians unable to accept Rabaut’s millenarianism and the leader of the Reformed Church being obliged to strike a compromise between his consistory partly opposed to him and hampered by the infamous reputation of the Moravian Church.

Acheter l'article

p. 385-405

Auteur

GEMBICKI Dieter
Dieter GEMBICKI est professeur d’histoire (Genève).