Identité culturelle et réflexion critique. Le problème de l’universalité des droits de l’homme aux prises avec l’affirmation culturaliste. La stratégie argumentative d’Ernst Troeltsch

Dans le débat sur l’universalité des Droits de l’Homme, les arguments développés par Troeltsch en faveur d’une reconnaissance des Droits de l’Homme ouvrent une piste intéressante parce qu’ils ne partent pas d’une position universaliste mais font droit à la particularité culturelle qu’énonce l’historisme. Avec Troeltsch, J.-M. Tétaz montre que tout relativisme culturel implique un moment d’universalité comme sa condition négative. Or ce rapport entre universalité et particularité se révèle être isomorphe à celui que les Droits de l’Homme, en tant que droits subjectifs, entretiennent avec l’ordre juridique défini par le droit positif. Il s’avère alors que la généalogie chrétienne des Droits de l’Homme dans la mouvance spiritualiste permet d’analyser les structures culturelles dans lesquelles peut naître le type de réflexion critique auquel ressortit l’idée fondamentale des Droits de l’Homme. Les travaux de Troeltsch sur l’histoire du christianisme et sur les problèmes historiques et pratiques de la philosophie de l’histoire tracent ainsi le cadre d’une réflexion fondamentale sur l’universalité du principe des Droits de l’Homme et sur la particularité de leur formulation positive.

Exposé fait au Centre Thomas More à l’Arbresle (France) le 16 mars 1997 dans le cadre d’une session consacrée à la questions : « Les Droits de l’Homme sont-ils universels ? » et organisée en collaboration avec la Forschungsstätte der evangelischen Studiengemeinschaft (Heidelberg) et son directeur, le professeur Heinz Wismann, que je remercie de m’avoir invité.

In the debat on the university of Human Rights, the arguments developped by Troeltsch in favour of an acknowledgement of Human Rights offers an interesting hypothesis, because they do not start from an universalist position, but admit the cultural particularity stated by historicism. With Troeltsch, J.-M. Tétaz shows that any cultural relativism implies universality at some time as its negative condition. Now this relation between universality and particularity appears to be of the same nature as the one between Human Rights as subjective rights, and the judicial order as defined by positive right. It then appears that the Christian origin of Human Rights within the spiritualist movement enables the thinker to analyse the cultural structures which foster the type of critical reflection associated with the fundamental idea of Human Rights. Troeltsch’s works on the history of Christianity and on the theoretical and practical problelms of then philosophy of history thus define the framework of a fundamental reflection on the universality of the principles of Human Rights and on the particularity of their positive wording.

p. 213-233

Auteur

TETAZ Jean-Marc
Jean-Marc TÉTAZ est théologien, docteur en philosophie de l'École des hautes études en sciences sociales et chargé d'édition chez Labor et Fides.