Préface

Roger Williams est un des principaux inventeurs de la laïcité. À sa manière et dans son langage, il en a énoncé les principes fondateurs, aussi bien au niveau des finalités (la liberté de conscience, la non-discrimination pour raisons religieuses) qu’à celui des moyens mis en œuvre (la séparation du pouvoir politique et des autorités religieuses, la neutralité de la puissance publique à l’égard des diverses convictions). Et il a appliqué ces principes quand il a exercé des responsabilités civiles. Cet apport de Roger Williams à l’histoire de l’humanité est encore très largement ignoré. Sauf exceptions, dans le monde francophone, Williams reste méconnu aussi bien du grand public cultivé que de la plupart des personnes considérées, à tort ou à raison, comme spécialistes de la question. Ainsi la fameuse formule du « mur de séparation », nécessaire entre l’État et l’Église est attribuée à Thomas Jefferson alors que l’homme d’État américain l’a empruntée au pasteur de Rhode Island.

Est-il judicieux, en somme, de présenter le fondateur de Rhode Island comme une figure majeure du « calvinisme international » et de faire de son combat pour la liberté de conscience un emblème de la propagation de l’œuvre de Calvin en Nouvelle-Angleterre ? Pour répondre aux questions que soulèvent les remarques dubitatives de Miller devant la statue de Williams à Genève, il convient de rappeler dans quel contexte est né le projet d’un Monument international de la Réformation. Le climat idéologique du monument est celui des préparatifs du 400e anniversaire de la naissance de Calvin. Sa première pierre est symboliquement posée le 6 juillet 1909 à l’occasion de ce jubilé, mais la première réunion du comité chargé d’en concevoir le projet a lieu dès 1904 et les travaux, retardés par la guerre, ne seront achevés qu’en 1917. Les cinq années décisives pour l’orientation du projet sont celles qui s’écoulent entre les premiers travaux du comité et la pose de la première pierre. Or, ces années sont marquées, à Genève comme en France, par d’intenses débats sur la laïcité. Rappelons que le Parlement français vote en 1905 une loi de séparation de l’Église et de l’État et que le peule genevois lui emboîte le pas en 1907 en votant la suppression des budgets des cultes.

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Auteur

BAUBÉROT Jean
Jean BAUBÉROT est directeur honoraire du Groupe Sociétés, Religions, Laïcités (GSRL) CNRS-EPHE.