Marie-Christine MUNOZ-TEULIÉ
VISAGE DE LA SOUFFRANCE
DANS LES POÈMES RELIGIEUX DE JOHN DONNE
DANS LES POÈMES RELIGIEUX DE JOHN DONNE
"Mon Dieu, mon Dieu ... tu es un Dieu qui
manie la représentation et la métaphore" (*)
Résumé
Figure emblématique de la poésie métaphysique dans l'Angleterre jacobéenne, John Donne compose au fil de ses poèmes religieux de nombreuses variations sur la thématique de la souffrance. Son traitement à la fois théologique et littéraire des représentations de la souffrance humaine se révèle empreint d'une réflexion qui procède à la fois de l'expérience vécue, de l'analyse esthétique et de la méditation religieuse. Le choix du genre poétique permet à l'homme de lettres, doublé du ministre de l'Église anglicane, de s'inscrire dans la tradition du psalmiste : il puise là son inspiration et trouve dans le même temps une légitimité à sa créativité.
Marie-Christine MUNOZ-TEULIÉ
Université Paul-Valéry-Montpellier III
Abstract
John Donne, the emblematic figure of metaphysical poetry in Jacobean England, has devoted a fair amount of his religious poetry to the representation of suffering. Weaving the theological and the literary perspectives, his multifarious rendering of human and godly suffering stems from life experience, religious meditation and a deep concern for aesthetics. His condition of poet-priest prompts the choice of the poetic mode as a claim for kinship with the biblical figure of the psalmist ; there lies the source of his inspiration together with the legitimacy of his creativity.
Notes
* Toutes les traductions sont de la main de l'auteur de l'article sauf mention explicite d'une édition en français. "My God, my God, thou art ... a figurative, a metaphoricall God" (Devotions Upon Emergent Occasions, "Expostulations 19" 1623, publ. 1624. John Donne's 'Devotions Upon Emergent Occasions' ; A critical Edition With Introduction & Commentary, ed. Sister Elizabeth Savage, vol. 1, Institut Für English Sprache und Literatur, Salzbourg, 1975, p. 139. La citation se développe comme suit : "Mais tu es également (Seigneur mon intention est de te célébrer ; puisse aucun mauvais interprète profane ne dévoyer mes propos à ton détriment), tu es un Dieu qui manie la représentation et la métaphore : un Dieu dont les paroles offrent une telle moisson de figures, de tels voyages, de telles pérégrinations destinées à recueillir des métaphores précieuses et recherchées, de telles extensions, de tels développements, de tels voiles allégoriques, de tels paradis d'hyperboles, une telle harmonie de formulations, des expressions si secrètes, si discrètes, une telle persuasion de commandement, des commandements si persuasifs, une telle vigueur dans ta douceur même, et de tels objets dans tes paroles que tous les auteurs profanes semblent être de l'engeance du serpent qui rampe, quand toi tu es la colombe qui s'élance. O quelles paroles sinon les tiennes peuvent exprimer l'ineffable texture et le contenu de ta parole [...]." But thou art also (Lord I intend it to thy glory, and let no prophane misinterpreter abuse it to thy diminution) thou art a figurative, a metaphoricall God too : A God in whose words there is such a height of figures, such voyages, such peregrinations to fetch remote and precious metaphors, such extensions, such spreadings, such Curtaines of Allegories, such third Heauens of Hyperboles, so harmonious eloquutions, so retired and so reserved expressions, so commanding persuasions, so perswading commandements, such sinewes euen in thy milke, and such things in thy words, as all profane Authors, seeme of the seed of the Serpent, that creepes, thou art the doue, that flies. O what words but thine, can expresse the inexpressible texture, and composition of thy word [...]. (p. 139-140).